Attention au départ !
- 9 sept. 2015
- 3 min de lecture

Mais pourquoi est-ce que je m’obstine à toujours partir en retard ? Je devrais pourtant savoir que les trains n’attendent pas ….
La ligne 14 me fascine toujours autant … savoir que personne ne conduit cet automate sur pattes allant de la bibliothèque François Mitterrand à la gare saint Lazare. Les parisiens semblent insensibles à ce qui me rend d’autant plus sensibles. Serais-je une éternelle touriste ou vais-je un jour devenir moi aussi familier de ces lieux ?
Quoi qu’il en soit, ma rêverie s’achève brusquement au son de la voie féminine qui m’annonce le terminus. Je devrais courir pour attraper mon train mais je n’en fais rien, mes talons m’oppressent. Après tout, si je le rate je retrouverais au plus vite Yasuke et sa petite gueule d’amour. Qu’est-ce qu’il peut bien faire de ses journées à part se faire dorer au soleil sur les toits parisiens. Ce matin encore, affalé sur le lit, comme le gros chat qu’il est, il m’a observé dans la salle de bain.
Il aime à se faufiler entre mes collants et j’aime qu’il le fasse. Ce chat est l’homme de ma vie et le regard que je porte sur moi. Son œil bienveillant me fait parfois m’aimer, moi qui me déteste tant.
Mais enfin, quand faudra t’il afficher en bas des escalators qu’il ne faut pas se mettre à gauche. Voilà le symbole même du parisianisme con … insulter ceux qui par malheur et surtout méconnaissance, osent défier les us et coutumes des autochtones.
Dans huit minutes le 3111 de la ligne Paris-Rouen sera parti et encore une fois je me rapprocherai de ceux qui se languissent de moi. Je ne veux jamais y aller et pourtant je suis heureux de les voir. Même si je ne leur dis pas souvent ils me manquent. Papa, maman et Emma… qui m’attendent toujours, qui me comblent de cadeaux. Maman a surement fait un gâteau au chocolat, elle sait que j’en raffole.
Ouf ! Après avoir essayé dix fois de valider mon billet dans ce foutu composteur jaune, je suis enfin assise dans le train. Premier réflexe, se débarrasser de mes chaussures à talons… je les supporte en soirée mais rarement sur le carrelage de la gare où j’ai peur de glisser. Soulagée, j’enfile mes ballerines rouges assorties à mon vernis et à mes lèvres. IPod sur les oreilles je regarde comme à chaque fois les paysages qui défilent et je réfléchis à toi et à moi.
C’est singulier, ce n’est jamais le même voyage, il y a toujours des odeurs, des sons, des vues différentes. Le train c’est une découverte perpétuelle. En ce jour de juin il n y a pas encore de vacanciers et en ce vendredi après-midi c’est plutôt calme.
Je pense à Lisa, Lisa Fonssagrives et cette photo sublime d’elle sur un quai de la gare de Paddington. Tailleur impeccable, coiffe travaillée et ce regard amusé sur un Bobby impassible. J’aime cette photo d’elle comme on aime un souvenir d’enfance. La voix du contrôleur m’étourdit. Ce train est sans arrêt, pourtant nous ralentissons quelques instants comme souvent à hauteur de Villennes-sur -Seine. Vue sur maisons bourgeoises et bateaux amarrés.
Il est difficile de comprendre pourquoi ce que d’autres vivent comme un calvaire me réjouit autant. Les voyages en train sont toujours des voyages pour moi, comme une découverte incessante. Ce ne sont jamais les mêmes histoires, les mêmes amours, les mêmes disputes.
Aujourd’hui, c’est une quinquagénaire qui essaye de réconforter sa mère qui a sur son mur tagger pendant la nuit. Malgré la distance, le téléphone portable et le peu de discrétion des interlocutrices permettent à l’ensemble des voyageurs de jouer les spectateurs, tel un décor qui devient le nôtre.
Faut-il appeler la mairie, prendre des médocs pour dormir, contacter une entreprise de nettoyage, porter plainte ? Après 20 minutes d’échanges mouvementés, il est décidé qu’en premier lieu il faut appeler M. Amont qui, tout le monde autour de moi est d’accord, sera notre salut pour enfin mener à son terme cette conversation.
Je vérifie machinalement que mon sac de voyage soit bien rangé au-dessus de moi. Depuis qu’une de mes collègues du bar s’est fait piquer le sien sur cette ligne normande, je suis méfiante. Plus que trois gares à passer et je serai arrivée à Rouen pour tranquillement retrouver ma petite famille. Le SMS reçu à l’instant par Emma me confirme que ma petite sœur m’attendra en haut des escalators.
L’arrivée en terres normandes est toujours associée pour moi à des souvenirs. Se rappeler le temps précieux de l’enfance et de l’insouciance mais aussi le temps des drames et des silences.
Mais il fait bon revoir les siens et se sentir aimée et protégée. Ces moments sont essentiels pour que je ne sombre pas ...




















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